Citoyenneté et religion en Afrique subsaharienne à l’ère du numérique


Dans le monde contemporain, la question de la laïcité reste paradoxalement prépondérante et problématique alors que la connaissance de l’histoire du concept, ses avantages réels et ses modalités pratiques aurait pu la rendre évidente partout dans le monde et depuis longtemps. Ce phénomène exacerbé par les effets de la globalisation, les flux migratoires et ce que d’aucuns qualifient de « retour du religieux »[1], s’inscrit dans un contexte de profondes mutations idéologiques et géopolitiques. Les attentats du 11 septembre 2001 ont peut-être servi d’alibi pour exacerber ces tensions, d’où la nécessité de réévaluer les modèles de laïcité existants ainsi que leur capacité à répondre aux défis du XXIe siècle.

L’Afrique subsaharienne, loin d’être en marge de ces questionnements, présente une situation complexe qui demande une analyse multidisciplinaire. En effet, l’interaction entre citoyenneté et religion revêt des formes singulières héritées à la fois d’un passé précolonial ayant introduit de nouvelles structures religieuses et d’une dynamique postcoloniale en quête d’authenticité et d’émancipation.

Autrement dit, la laïcité telle qu’elle se dessine au sud du Sahara, ne saurait être une simple transposition des modèles occidentaux malgré les similitudes théoriques. En effet, la constitution des différents États africains définit la laïcité, mais sur un « principe hérité de l’ancien colonisateur »[2] d’où beaucoup d’ambiguïtés. Dans la pratique, la laïcité se construit plutôt comme une synthèse originale, cherchant à concilier la pluralité religieuse, l’héritage des traditions et les aspirations des jeunes générations à une citoyenneté moderne.

Alors, dans quelle mesure les héritages culturels peuvent-ils contribuer à l’élaboration d’une conception renouvelée de la citoyenneté africaine ? Comment définir un modèle de laïcité adapté aux réalités africaines, qui puisse garantir à la fois la liberté de croyance et l’égalité des citoyens, sans pour autant nier l’importance du fait religieux dans ces sociétés ?

La question ultime est de savoir comment concilier citoyenneté, religion et laïcité à l’ère où la viralité des idées sur le numérique peut profondément transformer les dynamiques sociales et politiques.

1.     Le braquage du siècle et la dépossession culturelle de l'Afrique

Sur les réseaux sociaux, plusieurs dizaines d’internautes africains tiennent un discours postcolonial, anticolonial et panafricain, parfois radical, suscitant à la fois enthousiasme et inquiétude. Parmi les figures les plus influentes qui veulent faire rayonner l’Afrique, on compte Alain Foka, ancien journaliste de Radio France Internationale, qui revendique une lecture africaine de l’actualité. Les activistes polémistes Nathalie Yamb et Kemi Seba, figurent également parmi ces leaders, rassemblant des millions d’adhérents et animant des débats acerbes contre la néocolonisation et la valorisation de l’Afrique.

Dans ce contexte, une citation attribuée à Jomo Kenyatta, ancien président du Kenya, est largement diffusée et commentée par d’innombrables internautes, chacun offrant sa propre interprétation :

 « Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible. »[3] 

Cette citation résume en quelques mots l’idée d’un braquage du siècle perpétré par l’homme blanc durant la colonisation, une dépossession à la fois culturelle et matérielle perçue comme l’origine des malheurs du peuple africain.

Nul ne saurait nier qu’hier l’Afrique a été victime de spoliations, mais si aujourd’hui elle s’enferme dans ses propres blessures, toute possibilité de guérison s’évanouira demain. En effet, la diffusion exponentielle d’une telle citation ainsi que ses interprétations à charge dans la sphère numérique africaine témoignent d’une réflexion collective en cours sur le rôle ambivalent des religions dans la construction des identités nationales postcoloniales. Cependant, la viralité de tels propos peut prendre des tournures dramatiques, en alimentant des tensions interconfessionnelles ou en exacerbant ce fameux sentiment de spoliation culturelle.

Au-delà du fait qu’une telle citation érige le christianisme en bouc émissaire, son impact sur la jeunesse africaine souligne l’impératif d’engager une réflexion approfondie sur l’histoire de l’Afrique, telle qu’elle est imaginée ou fantasmée avant l’arrivée de l’évangile et du colon. Une réflexion est également indispensable sur l’essence de l’identité africaine, de la citoyenneté africaine et de la place qu’occupe la religion dans l’espace public africain. Sans cette discussion, des citoyens pourraient se sentir menacés en raison de leur adhésion à des religions perçues comme ayant spolié leurs terres, volé leurs richesses et même le sens de leur existence.

Dans ce contexte, il convient d’explorer les contours d’une laïcité africaine en gestation, à travers l’analyse des interactions complexes entre citoyenneté et religion. Bien plus qu’un simple rappel de la coexistence pacifique, réelle et manifeste entre les différentes religions en Afrique subsaharienne – coexistence qui, bien qu’émaillée de conflits, reste majoritairement harmonieuse – il convient de souligner l’émergence d’un phénomène nouveau, amplifié par les réseaux sociaux, susceptible de compromettre les avancées en matière de dialogue interreligieux, dans un contexte où la stabilité en termes de laïcité demeure encore fragile partout dans les sociétés du monde.

Au regard des tâtonnements des gouvernements africains en matière de laïcité, des mouvements de réappropriation des religions traditionnelles, des appels au boycott des religions dites importées, ainsi que des défis de la coexistence religieuse, il est impératif de dégager les principes d’un modèle de laïcité adapté aux réalités locales.

2.     Omniprésence consensuelle du divin et laïcité légiférée

En France, la laïcité est parfois maladroitement perçue ou réclamée à hue et à dia comme une stricte séparation entre la sphère publique et les convictions religieuses, reléguant ces dernières au domaine privé, comme le regrettent Baubérot et Milot (2011) :

 

Une séparation qui se veut étanche entre la sphère de la vie privée et celle de la vie publique (selon un type de laïcité séparatiste ou autoritaire) oblige l’individu à ne rien laisser transparaître de certaines convictions qui guident son comportement. Or les individus n’entrent pas dans l’espace public en laissant dans la sphère de l’intimité les convictions profondes qui orientent leur conduite.[4]

 

Cette conception rigoureuse et contradictoire avec la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, ne s’exporte heureusement pas beaucoup hors de l’Hexagone. En effet, dans de nombreuses régions du monde, même sur le continent européen, il est courant et largement accepté que les citoyens, les dirigeants politiques ou les personnalités publiques évoquent leur foi et invoquent Dieu dans leurs discours et actions, même si l’État se proclame officiellement laïc dans sa Constitution. En Allemagne ou en Belgique[5] par exemple, l’État finance les cultes. Au Sénégal, la chercheuse Marième N’Diaye met en évidence une contradiction sur les relations entre religion et politique :

 

L’article 1er de la Constitution dispose que le Sénégal est une République « laïque, démocratique et sociale ». Le choix du maintien de la laïcité, principe hérité de l’ancien colonisateur français, peut surprendre quand on sait que la population sénégalaise est à 95 % musulmane et que les confréries occupent une place centrale dans l’organisation sociale et politique du pays.[6]

 

Comme pour illustrer ce paradoxe, le Premier ministre Ousmane Sonko déclare en juillet 2024 que « l’État n’acceptera plus que les filles qui portent le voile soient récusées dans certaines écoles au Sénégal. »[7] Ces propos semblent cibler des écoles catholiques dont le règlement intérieur exige que les élèvent aient la tête découverte. D’ailleurs, une lycéenne refoulée d’une école catholique pour avoir porté le voile, dénonce la discrimination dont elle se dit victime et entend résister : « Je mène ce combat pour ma religion, l’islam. »[8]

Ces crispations sont révélatrices d’une législation africaine globalement contradictoire avec les pratiques et démontrent la nécessité de redéfinir la laïcité pourtant bien inscrite dans la plupart des Constitutions. Dans African Religions and Philosophy (1990), le père de la théologie moderne africaine John Mbiti explique cela :

 

Les Africains sont notoirement religieux, et chaque peuple a son propre système religieux avec un ensemble de croyances et de pratiques. La religion imprègne tous les départements de la vie au point qu’il n’est pas facile ou possible de l’isoler. L’étude de ces systèmes religieux est donc, en fin de compte, une étude des peuples eux-mêmes dans toutes les complexités de la vie traditionnelle et moderne.[9]

 

Dans le quotidien des Subsahariens, Dieu s’immisce en effet dans les interstices les plus ordinaires et les plus inéluctables de la vie. En mooré[10] en dioula[11] ou en fon[12] et dans plusieurs autres langues subsahariennes, nous retrouvons des expressions invoquant Dieu pour les vœux, les remerciements et les salutations, entre citoyens peu importe leur religion. Il y a là quelque chose de positif, car ce qui unit les Africains, à savoir l’idée de Dieu, semble plus fort que ce qui les distingue, c’est-à-dire les religions.

La sphère politique ni la presse n’échappent pas à cette présence divine. Lors des cérémonies officielles, la place des autorités religieuses est reconnue. Le serment présidentiel se réfère à Dieu au Sénégal, au Kenya et au Malawi. Le rôle central de la foi pour structurer la vie sociale, économique et politique est indéniable. Cependant, la conception du divin est le résultat d’un dialogue complexe entre les traditions locales et les religions monothéistes selon René Tabard :

 

de nombreux africains ne sont ni chrétiens, ni musulmans, ni athées ; ils vivent toujours, et parfois totalement, des R.T.A.[13] Mais les 250 millions qui ont été baptisés n’ont pas, dans le rite baptismal, évacué tout rapport avec ce qui est véhiculé par leur culture traditionnelle. Puisque la culture négro-africaine demeure profondément marquée par la dimension religieuse, il faut conclure nécessairement que la figure que prend aujourd’hui le christianisme africain est profondément imprégnée par un système de représentations traditionnelles.[14]

 

Cette imprégnation du sacré dans le profane, du divin et du séculier, pourrait logiquement être interprétée comme un indicateur probant d’une prédisposition sociétale à l’adhésion aux doctrines et aux pratiques religieuses dans leur diversité. Pourtant, cette hypothèse ne va plus de soi, si nous considérons la complexité des dynamiques socioreligieuses à l’œuvre aujourd’hui. Pour André Cabanis « la laïcité pourrait apparaître comme fort menacée en Afrique, notamment francophone, et sans doute l’est-elle avec la montée des religions dans ce continent […]. »[15]

En effet, l’instrumentalisation politique du fait religieux est une menace sérieuse à l’intégrité de la laïcité. À partir du moment où des leaders politiques mobilisent le capital symbolique des institutions religieuses pour asseoir leur légitimité, ils érodent les fondements de l’État laïc.

Au Burkina Faso, le gouvernement a présidé en mars 2022 une cérémonie d’installation du nouveau Comité National de Suivi du Pèlerinage à la Mecque. Ce comité est d’ailleurs composé de onze représentants de l’État.[16] Si cela relève d’un souci de mettre de l’ordre dans les affaires musulmanes, est-ce vraiment le rôle de l’État laïc ? Et qu’en est-il de la subvention du sucre pendant le ramadan ou encore la subvention du pèlerinage à la Mecque ? C’est pourquoi l’imam Ismaël Tiendrébeogo suggère que « pour renforcer la cohésion sociale et la laïcité, obligation est fait à l’État d’observer la plus grande transparence dans les appuis budgétaires apportés aux différentes communautés religieuses. »[17] Il est remarquable que cette interpellation émane d’un religieux bénéficiant des largesses de l’État.

Aussi, en institutionnalisant le 15 mai comme journée de la religion traditionnelle[18] le gouvernement burkinabè prend une décision politique sur le fonctionnement interne d’une religion. Au Bénin, le chef d’État s’est engagé à promouvoir la religion traditionnelle à travers le Vodun days[19]. Si ces initiatives politiques ne suscitent pas de controverses majeures, cela est probablement dû à une acceptation consensuelle de la laïcité comme cohabitation pacifique des religions dans l’espace public subsaharien. Cependant, il est urgent que les lois soient ajustées pour mieux refléter ce consensus et encadrer les pratiques, afin de prévenir d’éventuels conflits qui pourraient émerger d’un sentiment de traitement inégal entre religions.

 

3.     Identité africaine et cultures exogènes

 

La montée en puissance des mouvements fondamentalistes représente une menace grave pour les promesses de la laïcité dans les États subsahariens. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte de tension croissante entre différentes conceptions de l’identité africaine et de son rapport aux influences extérieures culturelles, religieuses, économiques ou politiques. En même temps, l’expansion des plateformes numériques polarise les opinions, avec l’émergence de mouvements qui contestent la compatibilité entre monothéismes et citoyenneté africaine.

Alors que certains Français croient que l’islam est incompatible avec la République[20] en Afrique, des courants extrêmes[21] veulent nier l’adéquation entre christianisme, islam, judaïsme et citoyenneté africaine. Cette rhétorique teintée de nationalisme culturel, va jusqu’à stigmatiser l’adhésion aux religions dites importées comme une forme de trahison envers l’identité africaine. En guise de réponse, une radicalisation inverse s’opère chez certains croyants qui se sentent contraints de défendre leur foi avec une intensité renouvelée, voyant dans ces critiques une menace existentielle pour leurs convictions religieuses. Les messages diffusés sur les réseaux sociaux ne touchent parfois que mille internautes, mais il n’en faut pas plus pour ébranler le tissu social et la stabilité des institutions panafricaines, avec des répercussions non négligeables sur la scène mondiale.

En 2019, dans la ville de Kankan en Guinée, l’imam Nanfo Ismaël Diaby fut arrêté et incarcéré en pleine période du Ramadan. Cette arrestation s’accompagne de la destruction de sa mosquée et de l’agression physique de son frère.[22] Son crime aux yeux des autorités religieuses locales fut de réciter la prière en langue malinké. Pour les adversaires de l’imam, il faut se référer à un hadith du Prophète Mohammed instituant l’arabe comme langue liturgique universelle.

La répression de l’imam soulève évidemment des questions sur la liberté religieuse, les spécificités culturelles, le conservatisme et la créativité. Cet incident questionne la capacité des sociétés postcoloniales africaines à réconcilier leur héritage religieux et leurs identités citoyennes. La question est de savoir si les États subsahariens pourront maintenir l’équilibre entre le respect des libertés individuelles et la gestion des tensions religieuses exacerbées par ces nouveaux courants fondamentalistes. Les insuffisances structurelles, dans l’éducation et la formation des responsables religieux et politiques, sont un terrain propice à des atteintes graves à la laïcité.

Quant à la citation de Jomo Kenyatta, elle est relayée par des millions d’internautes à travers des influenceurs qui se revendiquent comme promoteurs de la culture noire. À travers une accumulation de « j’aime » et de commentaires, se tisse progressivement cette intime conviction chez des millions d’Africains, que l’homme blanc s’est approprié leurs terres en se servant de la bible.

Alain Mabanckou, figure littéraire incontournable, a publié la citation sur sa page Facebook[23] sans vraiment relativiser le propos. Si la maturité intellectuelle et l’aptitude à faire preuve de nuance de l’écrivain ne font l’objet d’aucune contestation, en va-t-il de même pour ses deux cent mille abonnés ? Les quelques voix discordantes seront-elles seulement entendues à temps pour répondre à leurs concitoyens qui demandent en commentant la publication, « comment récupérer nos terres ? »

Une autre citation est attribuée au Président chinois Xi Jinping qui aurait dit ceci :

 

« La seule chose que l’Africain a hérité dignement de la colonisation arabe et occidentale, c’est la religion qu’il pratique exactement comme le colon l’a voulu. Le reste, tant pis. L’éducation c’est un désastre, l’administration est corrompue, la santé est précaire, mais la religion se porte merveilleusement bien. Ils se révoltent contre tout sauf la religion. Ils se croient même plus doués en théologie islamique et chrétienne que ceux qui leur ont apporté ces notions. Très croyants, ils disent même que les arabes ne sont pas de bons musulmans, et aussi que les européens ne sont pas de bons chrétiens.... »[24]

 

Ce texte sans contexte est probablement apocryphe, mais il est manifestement construit avec une intention polémique visant à maximiser son impact rhétorique. La juxtaposition des domaines en déclin (éducation, administration, santé) avec la prospérité religieuse crée un contraste saisissant. L’équivalence entre l’islamisation et la christianisation les présente toutes deux comme des processus potentiellement aliénants. L’auteur initial a pu simplifier une thèse beaucoup plus complexe de Mbembe :

 

si quelque chose sépare l’islam des autres religions en Afrique, c’est sans doute la façon dont l’acte de piété répond, comme en écho, à l’acte guerrier. En effet, afin de s’imposer, la foi islamique ne se prive ni de l’usage de la force ni d’une certaine esthétique de la violence. Guerres dites saintes et conversions forcées sont légitimées et autorisées par la nécessité de la rectitude et du salut. Là où la conversion forcée finit par prendre le pas sur l’adhésion libre, une relation maître-esclave vient se superposer au rapport croyant-infidèle. […] cette visée belliqueuse (ainsi que l’appétit du luxe et de la brutalité qui en sont le corollaire) n’empêche cependant pas l’islam de s’offrir en même temps aux convertis comme une proposition de vie éthique à part entière.[25]

 

Il poursuit :

Dans le récit judéo-chrétien, l’Afrique constitue la métaphore par excellence de la chute. Habitée par des figures humaines enchaînées dans la nuit de l’ombre, elle vivrait en retrait de Dieu. […] Le projet, en effet, c’est d’ôter les chaînes, c’est-à-dire de séparer ce qui relève du monde des apparences et du régime du faux et ce qui relève du vrai. […] On retrouve le même projet d’universalisation dans la colonisation. Celle-ci se présente, du moins sur le plan rhétorique, en fille des Lumières.[26]

 

Les propos de Mbembe étant conceptuellement moins accessibles, l’auteur initial du texte attribué à Jinping aurait trouvé une tournure qui, clairement incite plus à la révolte qu’à la réflexion et au débat. Au lieu de titiller la raison de ses lecteurs, il semble flatter leur émotion. Le problème c’est que la mise en parallèle entre colonisation, islam et christianisme tend à effacer les nuances historiques et les modalités différentes de diffusion de ces religions sur le continent africain. Faut-il démontrer davantage que les graines d’une laïcité en danger sont semées à chaque fois qu’une telle pensée est soutenue d’un pouce levé ?

Une autre alerte vient de la chanson Nakomitunaka (je m’interroge) du congolais Verckys Kiamuangana (1944-2022).[27] Cette chanson lancée en 1972 aborde la place des populations noires dans le catholicisme. Verckys, troublé par la représentation exclusivement blanche des figures religieuses dans les églises et les ouvrages catholiques, interpelle le Créateur dans ses paroles : « Où est notre ancêtre originel, nous qui sommes noirs ? » « Pourquoi Jésus, Adam et Ève, et tous les saints sont-ils représentés comme blancs tandis que Satan et les démons sont noirs ? » Très vite, la chanson se transforme en un message politique.

Nakomitunaka devient rapidement populaire à Kinshasa, suscitant de nombreux débats dans les milieux culturels et médiatiques, dans le contexte de l’idéologie de « l’authenticité »[28] prônée par le président Mobutu, une période de tension entre le régime mobutiste et l’Église catholique au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo). Verckys dit même avoir été excommunié par l’Église catholique en réponse à cette musique.

L’authenticité, lancée officiellement en 1971, visait à forger une identité zaïroise débarrassée des influences coloniales, une sorte de seconde indépendance culturelle et économique, un « nationalisme congolais authentique, en fixant ses idéaux sur le thème : libérer le Zaïrois de toutes les servitudes ou aliénations. »[29] Cette quête identitaire portée par le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), parti unique instauré par Mobutu, s’accompagne d’une volonté de contrôle total sur les institutions du pays, y compris religieuses.

Dans ce contexte, l’Église catholique est rapidement perçue comme un obstacle potentiel aux ambitions du régime. Le refus de l’Église de se plier aux exigences du MPR, notamment en ce qui concerne la création de branches de son mouvement de jeunesse dans les séminaires, marque le début d’une escalade des tensions. Mobutu orchestre le rappel du cardinal Joseph-Albert Malula à Rome, pour décapiter la résistance catholique et démontrer que nul, fut-il prince de l’Église, n’est à l’abri de son pouvoir. Le paradoxe, c’est que le cardinal Malula[30] était considéré comme un des pères de l’inculturation qui veut africaniser l’évangile ; un appel au dialogue entre l’évangile et l’Afrique, visiblement rejeté. En effet, le régime nationalise l’université catholique Lovanium, ferme des institutions ecclésiastiques et impose des noms authentiquement zaïrois en remplacement des noms de baptême chrétiens.

En juin 2016, la fille de Verckys ravive l’éclat de Nakomituna qui atteint plus de cinq cent mille visionnages sur YouTube, sans compter les centaines de milliers de partages et visionnages sur les réseaux sociaux. Ce regain d’intérêt pour une chanson de 1972 ne saurait être anodin. Que dire alors de la théorie de l’authenticité prônée par Mobutu ? Elle connaît déjà une résurgence sous d’autres formes plus ou moins radicales. Il n’est pas exagéré d’affirmer aujourd’hui qu’une extrême droite africaine est en gestation et pourrait bientôt réprimer ce qui n’est pas considéré comme authentiquement africain.

L’engouement suscité chez les Burkinabè par l’institution de la journée des traditions, témoigne de la capacité des nouvelles générations africaines à revendiquer de manière visible et très concrète ce qu’ils pensent être leur authentique identité. Ce mouvement de fond ne peut être appréhendé de manière simpliste ; il requiert une lecture nuancée à travers le prisme de cadres théoriques qui pourrons être l’objet d’un autre travail : par exemple, les théories de l’invention de la tradition[31] ou encore de la construction des identités nationales.[32]

Ce regard croisé des sciences sociales et humaines permettrait de mieux interpréter ces phénomènes non comme de simples résurgences d’un passé immuable, mais comme des constructions dynamiques répondant aux exigences du présent. Dans cette optique, la revitalisation culturelle peut être vue comme un processus créatif d’adaptation et de réinterprétation des traditions pour répondre aux défis contemporains de l’identité, de la citoyenneté et de la cohésion sociale. Dans le contexte postcolonial africain où les frontières nationales sont souvent le fruit d’un héritage colonial arbitraire, la (re)construction d’identités nationales cohérentes demeure un défi majeur, d’où la tentative des jeunes générations de forger des communautés capables de transcender les clivages ethniques et régionaux.

Toutefois, il convient de noter que ces processus de revitalisation culturelle ne sont pas exempts de contradictions et de tensions. La quête d’authenticité pourrait se transformer en une essentialisation burlesque des identités africaines. C’est justement ce que dénonce l’anthropologue français Joël Candau comme « totalisations auxquelles nous procédons en employant des termes, des expressions, des figures visant à désigner des ensembles supposés à peu près stables, durables et homogènes. »[33] Autrement dit, l’idée d’une essence africaine stable et préexistante à la colonisation est une construction qui, si elle ne relève pas d’un mythe, risque de trop simplifier la pluralité des cultures africaines.

 

4.     Au-delà de la laïcité, des citoyens africains en quête d’eux-mêmes

 

La menace à la cohésion sociale n’est pas tant dans l’omniprésence de Dieu que dans ses diverses interprétations et représentations. La laïcité Corse, oscillant entre le modèle français et italien, reflète une adaptation aux réalités locales que l’on retrouve dans de nombreux pays africains. L’exemple des élus corses accompagnant l’évêque à Rome trouve son pendant dans les pratiques de nombreux pays africains où les autorités politiques participent ouvertement à des cérémonies religieuses sans que cela ne soit perçu comme une entorse à la laïcité.

Cependant, la laïcité africaine ne saurait se résumer à une simple transposition de ces modèles. Elle se construit sur un terrain où le religieux a toujours joué un rôle de régulation sociale et politique. Cette spécificité se traduit par des arrangements institutionnels originaux, comme au Burkina et au Mali où l’État, tout en se déclarant laïc, subventionne le pèlerinage à La Mecque. Au Sénégal, l’État entretient des relations privilégiées avec les confréries musulmanes. La laïcité africaine n’est donc pas toujours pensée ou comprise comme une séparation stricte entre religion et État : le défi, c’est de la vivre comme un cadre permettant la coexistence harmonieuse de diverses expressions spirituelles.

Le théologien camerounais Jean-Marc Ela, dans Ma foi d’Africain (1985), laisse penser que le Dieu des Africains n’est pas nécessairement celui des missionnaires, mais plutôt le produit d’une synthèse complexe entre les croyances ancestrales et les apports des religions révélées. Il s’interroge donc avec justesse :

 

N’y a-t-il pas lieu de ressaisir l’enjeu d’une foi qui s’efforce de rejoindre l’Africain dans la relation à l’Ancêtre qui occupe une place centrale dans la vie quotidienne ? De même, si les Églises locales veulent se décider à raconter l’histoire du salut et à célébrer le mystère de la foi dans le style de la palabre africaine, la question du langage ne constitue-t-elle pas le thème fondamental d’une recherche urgente ?[34]

 

C’est pourquoi la tâche qui incombe aux sociétés africaines contemporaines est de négocier un espace où les différentes conceptions du divin peuvent coexister sans compromettre l’unité nationale. Cette négociation continue est au cœur des défis que doivent relever les États subsahariens dans leur quête d’une modernité qui soit à la fois enracinée dans leurs traditions et ouverte sur le monde.

Quant à l’empreinte du colonialisme sur le paysage religieux africain, elle a longtemps été un sujet de controverse et d’analyse approfondie dans le champ de la réflexion postcoloniale. Cette remise en question trouve ses racines dans des mouvements intellectuels et politiques antérieurs. L’égyptologue sénégalais Cheikh Anta Diop, dans Nations nègres et culture (1954), avait déjà posé les jalons d’une réflexion sur l’antériorité des civilisations africaines, contre la suprématie culturelle occidentale. Sa thèse sur l’origine africaine de la civilisation égyptienne aurait nourri un courant de pensée afrocentrique qui influence encore aujourd’hui les débats sur l’identité religieuse africaine.

Ces discussions doivent être promulguées et encadrées au sein du milieu universitaire, afin de prévaloir sur les passions exacerbées par les internautes peu conventionnels. La tendance à africaniser les figures religieuses importées, comme la représentation de Jésus en homme noir, s’inscrit dans cette dynamique de réappropriation. La contestation de l’origine européenne de certains éléments culturels, comme l’attribution des Fables de La Fontaine à Ésope présenté comme Africain, ou encore la présence d’électricité dans les pyramides de l’Égypte antique[35] participent d’un mouvement plus large de remise en question des narratifs historiques occidentaux.

Ces revendications témoignent d’un désir profond de réhabilitation de l’apport africain à la civilisation mondiale. Cela doit être plus réfléchi, soutient Achille Mbembe :

 

C’est ce refus du monde (qui masque à la fois un profond désir de reconnaissance et de vengeance) et cette lecture conspirationnelle de l’histoire que l’on présente comme le discours radical de l’émancipation et de l’autonomie, fondement d’une prétendue politique de l’africanité. Mais derrière la névrose de la victimisation et la pulsion de la différence se développe, en réalité, une pensée xénophobe, négative et circulaire. Pour fonctionner, elle a besoin de superstitions. Elle doit créer des figures qui, ensuite, passent pour des choses réelles. Ainsi en est-il du couple formé par le bourreau (l’ennemi) et sa victime (innocente). De l’action conjuguée de ce couple dépendrait le cours de l’histoire africaine.[36]

 

Les discours postcoloniaux qui se construisent autour d’une lecture conspirationnelle de l’histoire et d’un rejet du monde sont surtout contreproductives pour l’Afrique. Un des termes mis entre parenthèse par Mbembe est particulièrement évocateur : la vengeance. Comment ce discours postcolonial peut-il se démarquer d’une logique de représailles de la part des arrière-petits-enfants des colonisés sur ceux des colonisateurs ?

En effet, la dichotomie qui attribue à l’histoire un caractère manichéen, ferme la porte à toute forme de complexité et réduit les dynamiques historiques à un jeu de forces oppressives où la seule réponse possible est la violence. L’histoire africaine sous cette perspective, devient un cycle ininterrompu de lutte pour le pouvoir où la violence est à la fois le moyen et la fin.

Il appartient donc aux différents courants de pensée postcoloniaux de proposer un véritable projet politique pour l’Afrique, en redonnant un sens positif aux valeurs de citoyenneté et de religion. Cela ne peut se faire sans une vision de l’histoire africaine qui soit à la fois plus complexe et plus ouverte, capable de reconnaître les traumatismes du passé sans pour autant s’y enfermer, et de construire un avenir où la violence ne soit plus le seul horizon politique.

 

5.     Conclusion

 

Pour renforcer les valeurs de la laïcité en Afrique subsaharienne, la régulation du discours en ligne s’avère nécessaire. Il s’agit d’identifier les mécanismes permettant de concilier la liberté d’expression, pilier fondamental de toute société démocratique, avec la nécessité de préserver l’harmonie interconfessionnelle et intercommunautaire.

L’émergence d’un patriotisme exacerbé, l’expression de propos racistes, xénophobes ou ethnicistes, ainsi que la manipulation des paroles de figures d’autorité et la diffusion de concepts simplistes mais émotionnellement forts, sont autant de signes révélateurs de ces tensions latentes. Dans ce contexte, le moindre événement déclencheur peut précipiter une société dans un état de chaos. Face à ces risques, la construction d’une citoyenneté africaine moderne et inclusive apparaît comme un défi majeur. Il s’agit également de forger une conception de la citoyenneté qui transcende les appartenances ethniques et religieuses tout en reconnaissant leur importance dans la construction des identités individuelles.

Cette nouvelle citoyenneté africaine doit s’appuyer sur une éducation civique renouvelée, capable de promouvoir un usage critique et responsable des réseaux sociaux. Par ailleurs, la promotion d’espaces de dialogue intercommunautaire serait salutaire en même temps qu’une véritable réflexion sur la place du religieux dans l’espace public.

Cette approche pourrait se traduire par la création d’instances consultatives représentatives de la diversité religieuse, associées aux processus de décision publique sur les questions éthiques et sociétales. Il n’y a aucun doute que la construction d’une laïcité africaine adaptée est possible et souhaitable : elle repose sur la capacité des institutions du continent à puiser dans leurs propres ressources culturelles et spirituelles pour répondre efficacement aux défis de la modernité. Comme le dit bien un adage africain, le présent prend appui sur les épaules du passé pour contempler l’aurore qui vient. Prendre appui n’est pas synonyme de briser, mais de faire avec.



[1] A. Dieckhoff, D. Hervieu-Léger, G. Kepel et al., « Y a-t-il un retour du religieux ? », Le Débat, no 59 (février 1990).

[2] M. N’Diaye, « Ambiguïtés de la laïcité sénégalaise : la référence au droit islamique », dans La charia aujourd’hui, Paris, 2012. URL : https://www.cairn.info/la-charia-aujourd-hui--9782707169969-p-209.htm.. Consulté le 21 juillet 2024.

[3] Cité par Alain Mabanckou dans « Troisième leçon. De quelques thématiques de la littérature africaine (5 avril 2016) », dans Huit leçons sur l’Afrique, Paris, Bernard Grasset, 2020, p. 87.

[4] J. Baubérot et M. Milot, « L’expression de la religiosité reléguée à la sphère de la vie privée. La focalisation sur les moyens laïques », dans Laïcités sans frontières, Paris, 2011. URL : https://www.cairn.info/laicites-sans-frontieres--9782020996167-p-129.htm.. Consulté le 23 juillet 2024.

[5] X. Delgrange, « La laïcité française prononcée avec l’accent belge », Administration & Éducation, vol. 151, no 3 (2016).

[6] M. N’Diaye, « 14. Ambiguïtés de la laïcité sénégalaise », op. cit.

[7] « Sénégal : débats sur le voile à l’école après des propos du Premier ministre Ousmane Sonko », [s.l.], , 5 août 2024. URL : https://www.rfi.fr/fr/afrique/20240805-sénégal-débats-sur-le-voile-à-l-école-après-des-propos-du-premier-ministre-ousmane-sonko.. Consulté le 5 août 2024.

[8] « Sénégal : polémique sur l’interdiction du port du voile au lycée Jeanne d’Arc », RFI, [s.l.], sect. afrique, 8 septembre 2019. URL : https://www.rfi.fr/fr/afrique/20190908-senegal-polemique-interdiction-voile-lycee.. Consulté le 5 août 2024.

[9] J.S. Mbiti, African Religions & Philosophy, 2e éd., Oxford, 1990.

[10] Langue du Burkina Faso, parlée par 8 millions de locuteurs en 2020 selon l’atlas sociologique mondial (atlasocio.com)

[11] 10,3 millions de locuteurs

[12] 4 millions de locuteurs au Bénin, au Nigeria et au Togo

[13] Religions Traditionnelles Africaines

[14] R. Tabard, « Religions et cultures traditionnelles africaines », Revue des sciences religieuses, no 84/2 (juin 2010).

[15] A. Cabanis, « La laïcité dans les Constitutions de l’Afrique de succession coloniale française », Revue internationale des francophonies, no 8 (décembre 2020). URL : https://rifrancophonies.com/rif/index.php?id=1193?id=1193.. Consulté le 9 août 2024.

[16] « Burkina Faso : le nouveau Comité national de suivi du pèlerinage à la Mecque installé le 4 mars 2022 », LABORPRESSE.NET, [s.d.]. URL : https://www.laborpresse.net/burkina-faso-le-nouveau-comite-national-de-suivi-du-pelerinage-a-la-mecque-installe-le-4-mars-2022/.. Consulté le 13 août 2024.

[17] Ahmed, « Affaire subvention du hadj au Burkina Faso : les éclairages de l’imam Ismaël Tiendrébéogo », Aujourd’hui au Faso, 7 juin 2022. URL : https://www.aujourd8.net/affaire-subvention-du-hadj-au-burkina-faso-les-eclairages-de-limam-ismael-tiendrebeogo/.. Consulté le 13 août 2024.

[18] Journée des coutumes et traditions au Burkina Faso : un hommage à la richesse culturelle du pays, 15 mai 2024. URL : https://www.voaafrique.com/a/journée-des-coutumes-et-traditions-au-burkina-faso-un-hommage-à-la-richesse-culturelle-du-pays/7613593.html.. Consulté le 19 juillet 2024.

[19] E. Sauphie, « À Ouidah, le Bénin célèbre le vodun… et Patrice Talon - Jeune Afrique.com », JeuneAfrique.com, [s.l.], , [s.d.]. URL : https://www.jeuneafrique.com/1525378/culture/a-ouidah-le-benin-celebre-le-vodun-et-patrice-talon/.. Consulté le 20 juillet 2024.

[20] « Eric Zemmour : « L’islam n’est pas compatible avec la République » », Les Echos, 29 octobre 2023. URL : https://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/lislam-nest-pas-compatible-avec-la-republique-2025607.. Consulté le 17 août 2024.

[21] « Niger : le suprémaciste noir Kemi Seba nommé « conseiller spécial » du chef de la junte », [s.l.], , 6 août 2024. URL : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/08/06/niger-le-supremaciste-noir-kemi-seba-nomme-conseiller-special-du-chef-de-la-junte_6270471_3212.html.. Consulté le 17 août 2024.

[22] L. De Matos et C. Gardet, « Guinée : l’imam qui veut prier en malinké | TV5MONDE - Informations », tv5monde, 29 juillet 2020. URL : https://information.tv5monde.com/afrique/guinee-limam-qui-veut-prier-en-malinke-8241.. Consulté le 10 août 2024.

[23] https://www.facebook.com/MABANCKOU

[24] Diallo, « « La seule chose que l’Africain a hérité dignement de la colonisation arabe et occidental, c’est la religion qu’il pratique exactement… », XI JINPING (Président de la république populaire de Chine », focusguinee.info, 20 janvier 2020. URL : https://focusguinee.info/2020/01/20/la-seule-chose-que-lafricain-a-herite-dignement-de-la-colonisation-arabe-et-occidental-cest-la-religion-quil-pratique-exactement-xi-jinping-president-de-la-republique-populaire-de-chin/.. Consulté le 13 août 2024.

[25] J.-A. Mbembe, Critique de la raison nègre, La Découverte, Paris, 2013.

[26] Ibid., p. 144.

[27] A. Correau, « « Nakomitunaka », quand la rumba interpellait l’Église catholique au Zaïre - Série », Afrique XXI, 8 mars 2024. URL : https://www.afriquexxi.info/Nakomitunaka-quand-la-rumba-interpellait-l-Eglise-catholique-au-Zaire.. Consulté le 14 août 2024.

[28] M. Kakama, « « Authenticité », un système lexical dans le discours politique au Zaïre », Mots, no 6 (mars 1983).

[29] Ibid., p. 34.

[30] S.P. Song Song, « L’émergence des Églises locales autonomes en Afrique. Une lecture de Jean-Marc Ela et Joseph Albert Malula », Théologiques, vol. 28, no 2 (2020).

[31] E. Hobsbawm, « Inventer des traditions », Enquête. Archives de la revue Enquête, no 2 (décembre 1995).

[32] C. Chivallon, « Retour sur la “communauté imaginée” d’Anderson. Essai de clarification théorique d’une notion restée floue », Raisons politiques, vol. 27, no 3 (2007).

[33] J. Candau, « Pourquoi ne pouvons-nous pas nous passer des rhétoriques holistes ? Une perspective naturaliste », Noesis, no 15 (septembre 2010).

[34] J.-M. Ela, Ma foi d’Africain, Paris, 2009.

[35] « “Il y avait de l’électricité chez les Égyptiens grâce aux pyramides” : mais d’où vient cette folle théorie partagée par Gims ? », TF1 INFO, 11 avril 2023. URL : https://www.tf1info.fr/culture/il-y-avait-de-l-electricite-chez-les-egyptiens-grace-aux-pyramides-mais-d-ou-vient-cette-folle-theorie-partagee-par-gims-2253769.html.. Consulté le 18 août 2024.

[36] A. Mbembe, « À propos des écritures africaines de soi », Politique africaine, vol. 77, no 1 (2000).

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