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Affichage des articles du mars, 2026

Enterrer les morts pour survivre les vivants : les femmes de Barsalogho face à la transgression nécessaire

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Le 24 août 2024, l’attaque terroriste de Barsalogho , au Burkina Faso , a provoqué un basculement brutal de l’ordre social et symbolique local. Dans l’urgence et l’effroi, les femmes se sont retrouvées confrontées à une situation extrême : assurer elles-mêmes l’inhumation des corps, en l’absence des hommes, tués, disparus ou contraints à la fuite. Ce geste, qui pourrait apparaître comme une simple réponse pragmatique à une crise humanitaire, constitue en réalité une rupture profonde avec des normes sociales et rituelles solidement ancrées. L’acte d’enterrer les morts devient ici un observatoire privilégié des recompositions sociales en contexte de violence, révélant à la fois les contraintes matérielles de la survie et les transformations symboliques du rôle des femmes . Les conditions matérielles et sociales d’une transgression imposée Dans de nombreuses sociétés ouest-africaines , les rites funéraires sont strictement codifiés et largement genrés. L’inhumation des corps relève trad...

Homo fabulans : l'animal qui tue pour des idées

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Sur l'étrange privilège humain de mourir et de faire mourir Parmi les quelque 8,7 millions d'espèces animales recensées sur Terre, une seule est capable de se priver de manger pour une idée, de mourir ou de tuer pour une réalité sans preuves ou pour défendre une idée sur la vie après la mort. Je m'interroge donc sur la singularité anthropologique de ce phénomène, c'est-à-dire la capacité humaine à subordonner le réel à la fiction partagée. Une question posée à la nature Imaginez un vendredi midi. Un homme a faim. Devant lui, une assiette de viande. Il ne mangera pas. Non pas parce que la viande est avariée, non pas parce qu'il manque d'appétit, mais parce qu'une idée l'en empêche. Il obéit à une règle formulée par des hommes morts depuis des siècles, au nom d'une autorité dont il ne sait pas avec certitude si elle existe, et dont il ne percevra jamais le visage. Ailleurs, un autre homme ne mélangera pas son beurre et sa viande. Un troisième s'abs...

Ceux qui meurent ne décident pas, et ceux qui décident ne meurent pas

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Repose en paix, Adjudant-Chef Arnaud Frion Dans la nuit du 12 au 13 mars 2026, l' Adjudant-Chef Arnaud Frion , militaire du 7ᵉ Bataillon de Chasseurs Alpins de Varces, a été tué lors d'une attaque de drones dans la région d' Erbil , capitale administrative de la Région autonome du Kurdistan irakien . Il avait 43 ans. Le Président Emmanuel Macron a rendu hommage à un soldat "mort pour la France", selon la formule consacrée par la République, formule belle, nécessaire, mais qui ne saurait épuiser la question du sens de ce sacrifice. Un homme est mort. Un homme que sa famille, ses frères d'armes, sa ville connaissaient. Pas une abstraction. Pas une ligne dans un rapport du ministère des Armées. Un homme. Le coût de la guerre : une arithmétique obscène La guerre a un prix que les États comptabilisent en milliards, mais que les familles, elles, ne soldent jamais. Les États-Unis ont englouti, selon le Watson Institute for International and Public Affairs de l'...

Citoyenneté et religion en Afrique subsaharienne à l’ère du numérique

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Dans le monde contemporain, la question de la laïcité reste paradoxalement prépondérante et problématique alors que la connaissance de l’histoire du concept, ses avantages réels et ses modalités pratiques aurait pu la rendre évidente partout dans le monde et depuis longtemps. Ce phénomène exacerbé par les effets de la globalisation, les flux migratoires et ce que d’aucuns qualifient de « retour du religieux » [1] , s’inscrit dans un contexte de profondes mutations idéologiques et géopolitiques. Les attentats du 11 septembre 2001 ont peut-être servi d’alibi pour exacerber ces tensions, d’où la nécessité de réévaluer les modèles de laïcité existants ainsi que leur capacité à répondre aux défis du XXIe siècle. L’Afrique subsaharienne, loin d’être en marge de ces questionnements, présente une situation complexe qui demande une analyse multidisciplinaire. En effet, l’interaction entre citoyenneté et religion revêt des formes singulières héritées à la fois d’un passé précolonial aya...