La démocratie en Afrique subsaharienne, entre héritage postcolonial, désillusion géopolitique et praxis démocratiques endogènes

 Réflexions à partir du discours du capitaine Ibrahim Traoré

Les déclarations du capitaine Ibrahim Traoré sur la « démocratie » ce jeudi 2 avril 2026 ont fait bondir les médias internationaux qui ont du mal à s’en remettre. Cet article propose une lecture historienne et postcoloniale de ces propos, en les replaçant dans le continuum long de la colonisation, de la construction des États sahéliens postindépendance, de la désillusion géopolitique née des interventions occidentales en Libye (2011), et de l'isolement militaire du Burkina Faso face au djihadisme.

Loin de valider le discours autoritaire, j’essaie de mettre en évidence deux thèses : premièrement, que le modèle électoral libéral, tel qu'exporté depuis les années 1990, a été structurellement inadapté aux réalités politiques subsahariennes ; deuxièmement, que des praxis démocratiques endogènes (la palabre, les conseils de sages, les assemblées villageoises) attestent bel et bien de l'ancienneté de la délibération collective en Afrique.

Autrement dit, si la critique de Traoré vise une démocratie instrumentalisée, elle ne saurait légitimer la suppression des libertés fondamentales, sans se tromper ni tromper des millions d’autres jeunes Africains qui tiennent le capitaine pour un héros.

 

Ibrahim Traoré, une déclaration qui dérange

Le jeudi 2 avril 2026, le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l'État du Burkina Faso depuis son coup de force de septembre 2022, prononce une phrase qui fait l'effet d'un séisme médiatique : « Il faut que les gens oublient la question de démocratie. La démocratie, c'est pas pour nous. La démocratie tue. » Les réactions ne se font pas attendre, aussi bien du côté des chancelleries occidentales que de quelques timides intellectuels africains...

La tentation est forte de réduire ce propos à l'arrogance ordinaire du putschiste qui, ayant pris le pouvoir par la force, récuse la légitimité du vote pour mieux s'y soustraire. Cette lecture, si elle n'est pas sans fondement, est toutefois intellectuellement insuffisante. Elle évacue l'historicité du locuteur, son inscription dans une conjoncture régionale d'une violence extrême, et surtout, les failles réelles d'un modèle démocratique exporté sans précaution depuis les conférences de La Baule (1990) jusqu'aux conditionnalités de l'aide internationale.

Je n’ambitionne pas de plaider pour la cause de Traoré. J’essaie, dans une démarche propre à l’histoire postcoloniale, de situer ses propos dans leur contexte, en mobilisant les outils de l'historiographie africaine contemporaine, afin d'évaluer ce qu'ils révèlent sur les fractures profondes entre l'idéal démocratique libéral et les réalités politiques sahéliennes.

Mon hypothèse centrale est double. D'une part, le modèle du suffrage universel tel qu'appliqué en Afrique subsaharienne depuis les années 1990 s'est souvent révélé formellement démocratique mais fonctionnellement dysfonctionnel, servant davantage de vecteur de légitimation internationale que d'outil d'émancipation populaire réelle. D'autre part, l'Afrique dispose de praxis délibératives propres, antérieures à la colonisation, qui témoignent d'une conception endogène de la gouvernance collective souvent ignorée par les modèles importés.

Le sujet postcolonial et la démocratie héritée

La formation d'une génération désillusionnée

Ibrahim Traoré, né en 1988, appartient à une génération héritière non d'une mémoire vive de la colonisation, mais de ses structures mentales, institutionnelles et économiques persistantes (cf. De la postcolonie d’Achille Mbembé). Mahmood Mamdani parle du sujet et du citoyen, c’est-à-dire que les États africains postindépendance ont été construits sur le double héritage du citoyen colonial (sujet au droit moderne dans les villes) et du sujet coutumier (soumis à l'administration indirecte dans les campagnes), sans jamais résoudre cette bifurcation fondamentale. (Lire Le point de vue de Ralph A. Austen)

Cette génération a grandi dans un Burkina Faso formellement démocratique, mais où la démocratie signifiait concrètement vingt-sept ans de régime Compaoré (1987–2014), maintenu par des élections régulières mais privées de toute alternance substantielle. Elle a appris à l'école les principes de la Déclaration universelle des droits de l'Homme tout en voyant ses concitoyens tués, ses villages abandonnés, ses institutions incapables de garantir la sécurité la plus élémentaire. Cette dissonance cognitive entre le discours démocratique et la réalité gouvernementale constitue le terreau psychologique des propos de Traoré.

Francis Fukuyama avait proclamé en 1992 la « fin de l'histoire » comme triomphe définitif de la démocratie libérale. Pour des millions de jeunes Sahéliens, cette « fin de l'histoire » ressemble davantage à une impasse qu'à une promesse accomplie. L'école française ou francophone leur a enseigné les Lumières, Voltaire, les droits de l'homme sans jamais les outiller pour comprendre les mécanismes qui font que ces droits restent inopérants dans leur quotidien. C'est ce décalage que Samir Amin avait qualifié d'eurocentrisme structurel, c’est-à-dire, l'imposition de catégories universelles forgées dans un contexte historique particulier comme si elles constituaient la mesure de toute civilisation politique.

La France comme référent ambigu

Le rapport du Burkina Faso à la France illustre parfaitement la dialectique postcoloniale : un pays formellement indépendant depuis 1960, mais dont les élites ont été formées à l'université française, dont la monnaie (le Franc CFA, arrimé à l'euro) reste sous tutelle partielle de la Banque de France, et dont les appareils de sécurité ont longtemps été articulés aux bases militaires françaises. Cette configuration n'est pas propre au Burkina : elle décrit l'architecture de la Françafrique, ce système de relations politico-économiques informelles qui a conditionné l'Afrique francophone pendant des décennies.

Le paradoxe est que cette même France, qui se posait en garante des valeurs démocratiques, a soutenu Blaise Compaoré pendant vingt-sept ans, un régime qui avait pourtant commencé par l'assassinat du président Thomas Sankara en 1987. Pour Traoré, admirateur déclaré de Sankara, la France incarne donc simultanément le modèle démocratique et son principal fossoyeur sur le continent africain. Cette contradiction vécue nourrit une défiance qui dépasse les simples postures rhétoriques.

La Libye comme traumatisme fondamental

L'intervention de 2011 contre Kadhafi

Au cœur du discours de Traoré sur la démocratie figure la Libye comme cas d'espèce. Sa lecture est empirique et directe : un pays qui, sous Kadhafi, garantissait des services sociaux étendus, a été réduit à la guerre civile permanente au nom de la démocratie.

Regardez la Lybie. C’est un exemple à coté de nous. Ils vivaient en paix, l’eau était gratuite. Il y avait tellement de choses gratuites ; quand les gens se mariaient ils avaient déjà des primes sociales et tout. Mais aujourd’hui, les Libyens, il y en a qui se promènent avec des bidons pour chercher de l’eau. Regardez la misère qu’il y a. Combien de centaines de milliers d’enfants sont morts ? C’est ça la démocratie ? Partout où ils veulent installer la démocratie dans le monde, c’est dans le sang.

Cette représentation, si elle simplifie la complexité du régime kadhafiste et de ses violations des droits humains, contient néanmoins une part de vérité géopolitique que les chancelleries occidentales ont longtemps refusé d'admettre. L'intervention de la coalition OTAN-France-Royaume-Uni a conduit à l'effondrement des structures étatiques libyennes sans qu'aucun plan de reconstruction crédible n'ait été mis en place. Ainsi, la « libération » du pays a rapidement laissé la place à une fragmentation milicienne que les États occidentaux n'avaient ni anticipée ni voulu corriger.

Pour le Sahel, les conséquences ont été directement catastrophiques. La déstabilisation libyenne a provoqué une dispersion massive d'armements vers le Mali, le Niger et le Burkina Faso, alimentant des groupes djihadistes qui avaient jusque-là un accès limité aux armes lourdes. Après la chute de Kadhafi, les flux migratoires et les trafics d'armes se sont densifiés sur les corridors sahéliens, et nier ce lien de causalité constitue une forme de déni historique.

L'incompréhension stratégique du rôle des forces étrangères au Sahel

La seconde critique de Traoré porte sur l'inutilité perçue des forces françaises déployées dans le cadre de l'opération Serval (2013) puis Barkhane (2014–2022). Il pose une question qui résonne avec une logique populaire implacable :

« ils étaient ici. [l’accès entre] Bobo et Ouaga était coupé….  Les terroristes étaient là. Tout était attaqué. … tout était encerclé. Mais ils étaient là non ? avec tous leurs hélicoptères, les chars et tout ce qu’il faut, la technologie, les drones, les satellites… c’est des incapables alors ! »

Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, de nombreux villages ont été la cible d’attaques répétées de groupes djihadistes. La présence des forces françaises, pourtant dotées de moyens technologiques considérables, a suscité une incompréhension croissante parmi les populations locales qui observaient une capacité d’intervention indéniable, mais ne voyaient pas ces forces intervenir systématiquement pour protéger les civils.

Cette perception a nourri un sentiment diffus de suspicion : si une puissance militaire aussi équipée n’intervient pas pour défendre les populations, c’est peut-être que sa présence répond à d’autres logiques que celles affichées. Pourtant, et c’est là que la France a péché par un déficit de communication, cette situation s’explique en grande partie par la doctrine même de l’opération Opération Barkhane. Elle était explicitement centrée sur la lutte contre les groupes armés djihadistes et non sur la protection directe et continue des populations civiles. Les forces françaises privilégiaient des opérations ciblées et évitaient les engagements prolongés au sol dans des zones densément peuplées, afin de limiter les pertes et de ne pas s’enliser dans des conflits intercommunautaires complexes. Assurer la protection permanente des villages aurait impliqué un déploiement massif et durable de troupes au sol, politiquement et militairement difficilement soutenable pour la France. Il existait donc un décalage structurel entre les attentes des populations en termes de protection immédiate et visible (ce que les Russes ont promis plus tard) et les objectifs stratégiques de l’intervention qui a manqué de pédagogie et de communication.

La solitude sahélienne, une crise de la solidarité africaine

L'un des aspects les moins commentés du discours de Traoré est son interpellation directe de la communauté internationale qui critique les exactions de son armée :

nous, on lutte contre le terrorisme pour sécuriser nos populations ; on donne le droit de vie à nos populations ; c’est le premier droit non ? on se bat pour que les écoles qui sont fermées ouvrent pour que les enfants puissent aller à l’école… le droit à l’éducation, ce n’est pas les droits de l’Homme ? Qui se bat pour nous ? Qui nous aide ?... Personne ne nous a donné une seule cartouche pour lutter contre le terrorisme qui tue nos enfants, qui ferme nos écoles…

Cette question est d'autant plus déstabilisante qu'elle est précise. Ni l'Union africaine, ni la CEDEAO, ni les États voisins n'ont engagé de forces combattantes aux côtés du Burkina Faso, du Mali ou du Niger dans la lutte contre les groupes armés djihadistes.

Cette absence de solidarité militaire africaine renvoie à une problématique plus profonde que les seules capacités militaires des États : elle révèle les limites structurelles des organisations d'intégration régionale africaines, dont l'architecture a été conçue sur le modèle européen, donc démocratique, des organisations intergouvernementales, avec une primauté du principe de non-ingérence qui paralyse toute réponse collective rapide.

Le suffrage universel en Afrique subsaharienne, une inadaptation structurelle ?

Les limites du modèle électoral libéral

La question centrale est la suivante : la démocratie libérale représentative, c’est-à-dire, fondée sur le suffrage universel, le multipartisme, l'alternance électorale, est-elle pertinente en Afrique subsaharienne ? La réponse de l'historiographie africaine contemporaine n’est pas essentialiste.

Le politologue nigérian Claude Ake avait formulé dès 1996 une critique radicale de la démocratisation en Afrique. Pour lui, la démocratie telle qu'on cherche à l'instaurer en Afrique n'est pas un projet d'émancipation populaire mais un projet de légitimation des élites dirigeantes face aux bailleurs de fonds internationaux. Il faut donc une distinction entre démocratie formelle et démocratie substantielle. On peut donc penser que Traoré critique cette démocratie d’apparence.

Il semble renouveler l’idée d'Adam Przeworski qui tente de démontrer que le modèle démocratique libéral n'a pas de corrélation mécanique avec l'amélioration du bien-être des populations dans les pays à faible revenu, notamment dans des contextes de forte fragmentation ethnique et d'État faible. En Afrique subsaharienne, les élections ont trop souvent fonctionné comme des vecteurs de redistribution clientéliste plutôt que comme des mécanismes d'expression de la volonté générale.

On peut, à ce propos, rappeler le concept de la « politique du ventre » chez Jean-François Bayart dans son analyse fondatrice de L'État en Afrique. Il montre que la légitimité du pouvoir repose moins sur la procédure démocratique que sur la capacité du leader à redistribuer des ressources à ses réseaux de clientèle. Dans ce contexte, l'élection devient un moment de négociation patrimoniale plus qu'un acte civique au sens libéral du terme.

En plus, comme Frantz Fanon l’avait anticipé dans Les Damnés de la terre (1961), la bourgeoisie nationale postcoloniale tend à reproduire les formes institutionnelles du colonisateur sans en adopter le contenu émancipateur, se contentant de substituer des élites noires aux élites blanches sans transformer les structures de domination. Le Burkina Faso de Compaoré, avec ses élections régulières et son apparence de pluralisme, était exactement dans cette configuration sans que les populations ne comprennent vraiment au fond, ce qu’est la démocratie. Et pourtant…

Les praxis démocratiques endogènes, une alternative méconnue

La palabre comme prototype délibératif

Si la démocratie électorale libérale souffre de limites réelles en Afrique subsaharienne, cela ne signifie nullement que le continent ignore la délibération collective. Bien au contraire, les historiens ont depuis longtemps documenté l'existence de formes endogènes de gouvernance qui correspondent, dans leur essence, aux valeurs que la théorie démocratique formule en termes universels.

La palabre africaine, cette assemblée délibérante où les membres d'une communauté débattent jusqu'à l'atteinte d'un consensus constitue l'exemple le plus fréquemment cité. Valentin-Yves Mudimbe et Paulin Hountondji ont tous deux analysé la palabre non comme une curiosité anthropologique, mais comme une praxis politique sophistiquée, avec des mécanismes de prise de parole régulée, de contre-argumentation, et de validation collective des décisions. Cheikh Anta Diop avait déjà souligné que l'Égypte ancienne disposait d'assemblées délibérantes. Joseph Ki-Zerbo a souligné dans les sociétés burkinabè précoloniales, notamment les Mossé, l'existence de structures politiques complexes qui articulent l’autorité royale, le conseil des anciens et les assemblées populaires. Le Mogho Naaba, roi des Mossé, ne gouvernait pas sans consulter son conseil, dans une forme de gouvernance partagée.

Conseils de sages, chefferies et systèmes de gouvernance communautaire

Elikia M'Bokolo souligne également que la légitimité du pouvoir dans la plupart des sociétés africaines précoloniales reposait sur un contrat moral entre gouvernants et gouvernés : le chef qui ne protégeait pas ses sujets, qui ne redistribuait pas les richesses ou qui violait les coutumes pouvait être destitué, exilé ou rituellement désacralisé.

Ce mécanisme de responsabilité constitue, dans sa logique profonde, un analogue fonctionnel de la révocation démocratique. On peut donc légitimement argumenter que la démocratie doit être comprise avant tout comme un processus de raison publique, un espace de délibération ouverte sur les choix collectifs et non comme un simple mécanisme électoral. Dans cette acception large, nombre de sociétés africaines précoloniales étaient démocratiques au sens substantiel du terme, même si elles ne connaissaient pas le bulletin de vote. Autrement dit, la démocratie est bel et bien africaine.

L'enjeu aujourd’hui, c’est de construire des modèles de gouvernance qui intègrent le meilleur des deux héritages (postcolonial et précolonial), c’est-à-dire la protection universelle des libertés individuelles issue de la tradition libérale, et les mécanismes délibératifs et communautaires issus des traditions africaines.

Ibrahim Traoré, la démocratie instrumentalisée et ses limites

La lecture la plus charitable des propos de Traoré est la suivante : il ne rejette pas la démocratie comme valeur politique universelle, mais la démocratie telle qu'elle a été instrumentalisée par les puissances occidentales pour justifier des interventions militaires, conditionner l'aide internationale et légitimer des ingérences dans les affaires africaines. En ce sens, sa critique rejoint celle de nombreux intellectuels africains et tiers-mondistes. Traoré se place dans une tradition de refus de la tutelle extérieure qui a une légitimité historique réelle, même si les moyens qu'il emploie contredisent les valeurs dont il se réclame.

Cependant, dans un débat rigoureux, la critique de Traoré tombe dans sa propre contradiction, car en proclamant que la démocratie « n'est pas pour nous », il prive ses concitoyens de l'outil même qui leur permettrait de le tenir responsable de ses actes alors qu’il semble bénéficier d’un soutien populaire actuellement.

La démocratie délibérative n'est pas réductible à la procédure électorale, certes, Jürgen Harbermas de vénérée mémoire le disait ; elle est surtout un espace de raison communicationnelle, un système dans lequel les décisions sont soumises à une justification publique susceptible d'être contestée.

Aussi, si des millions de jeunes Africains adhèrent au discours de Traoré, c'est moins parce qu'ils rejettent les valeurs démocratiques que parce qu'ils ont vu ces valeurs trahies. C’est pourquoi il y a une différence cardinale entre réformer la démocratie et la supprimer. La première démarche est celle de tout réformateur légitime ; la seconde est celle de tout autocrate, quelle que soit la sophistication rhétorique dont il l'entoure.

Conclusion

Les propos d'Ibrahim Traoré nous invitent donc à un exercice difficile : distinguer ce qui, dans sa critique, est légitime et ce qui ne l'est pas, refuser à la fois l'apologétique naïve du panafricanisme militant et le rejet condescendant de tout discours critique africain au nom des normes libérales.

Ce que Traoré dit de juste, c’est que le modèle électoral libéral, tel qu'exporté depuis les années 1990, a souvent été instrumentalisé par les puissances occidentales pour leurs propres intérêts géopolitiques ; que l'intervention en Libye a entraîné des conséquences désastreuses pour le Sahel, jamais pleinement assumées par ses auteurs ; que la solitude militaire du Burkina Faso dans la lutte contre le djihadisme est réelle et injuste. Ce que l’on peut entendre par son rejet de la démocratie, c’est que les sociétés africaines disposent de ressources politiques endogènes qui méritent d'être reconnues et valorisées.

Là où Traoré aurait tort, c’est de confondre la critique d'une démocratie instrumentalisée avec le droit de supprimer les libertés fondamentales de ses concitoyens. Derrière des millions de jeunes Sahéliens qui manifestent une défiance croissante envers la démocratie, il y a surtout des millions de citoyens qui aspirent à être vraiment gouvernés pour eux, par leurs représentants, avec leurs voix. Ce n'est pas la démocratie qu'ils rejettent : c'est sa caricature.

L'enjeu pour les décennies à venir est de construire des formes de gouvernance qui articulent la protection universelle des droits individuels, un héritage irréductible des luttes pour la dignité humaine, avec les mécanismes délibératifs et communautaires propres aux sociétés africaines.


Bernard BAMOGO, Ph.D

Docteur en histoire contemporaine

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