Ceux qui meurent ne décident pas, et ceux qui décident ne meurent pas
Repose en paix, Adjudant-Chef Arnaud Frion
Dans la nuit du 12 au 13 mars 2026, l'Adjudant-Chef Arnaud Frion, militaire du 7ᵉ Bataillon de Chasseurs Alpins de Varces, a été tué lors d'une attaque de drones dans la région d'Erbil, capitale administrative de la Région autonome du Kurdistan irakien. Il avait 43 ans.
Le Président Emmanuel Macron a rendu hommage à un soldat "mort pour la France", selon la formule consacrée par la République, formule belle, nécessaire, mais qui ne saurait épuiser la question du sens de ce sacrifice.
Un homme est mort.
Un homme que sa famille, ses frères d'armes, sa ville connaissaient. Pas une abstraction. Pas une ligne dans un rapport du ministère des Armées. Un homme.
Le coût de la guerre : une arithmétique obscène
La guerre a un prix que les États comptabilisent en milliards, mais que les familles, elles, ne soldent jamais. Les États-Unis ont englouti, selon le Watson Institute for International and Public Affairs de l'Université Brown, plus de 8 000 milliards de dollars dans leurs guerres post-11 septembre, Afghanistan, Irak, Syrie, et opérations associées.Les opérations ciblées menées contre des figures de la direction iranienne, mobilisent toujours des ressources colossales en renseignement, en logistique et en vies humaines. Des soldats américains sont morts. Et aujourd'hui, c'est la France qui pleure un des siens dans ce même arc de crise moyen-oriental.
La paix, elle, ne figure dans aucun budget de guerre
Elle ne génère pas de contrats d'armement. Elle n'alimente pas les carnets de commandes de Lockheed Martin, de Dassault ou de Rheinmetall. C'est précisément pour cela qu'on ne la finance jamais assez.
Ce que Paul Valéry avait compris quand il écrivait avec une précision chirurgicale :
Ce que Paul Valéry avait compris quand il écrivait avec une précision chirurgicale :
La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas.
Cette formule, prononcée dans l'entre-deux-guerres par un homme qui avait vu l'Europe s'autodétruire une première fois, résonne en 2026 avec une acuité douloureuse. Arnaud Frion ne connaissait pas ses assaillants. Ses assaillants ne le connaissaient pas. Ce n'est pas du pacifisme naïf mais une préférence pour la guerre des idées contre la guerre des hommes.
En 2026, l'humanité dispose de ressources agricoles, technologiques et institutionnelles suffisantes pour nourrir l'ensemble de sa population, selon les rapports annuels de la FAO. Nous produisons assez de nourriture pour neuf milliards d'êtres humains. Nous possédons les instruments juridiques pour arbitrer les conflits sans les régler par le sang.
En 2026, l'humanité dispose de ressources agricoles, technologiques et institutionnelles suffisantes pour nourrir l'ensemble de sa population, selon les rapports annuels de la FAO. Nous produisons assez de nourriture pour neuf milliards d'êtres humains. Nous possédons les instruments juridiques pour arbitrer les conflits sans les régler par le sang.
L’humanité dispose d'assez de ressources et d'espaces pour que personne ne meure pour une frontière ou une miche de pain.
Et pourtant, des hommes, des femmes, des enfants, tous innocents, meurent encore. De l'Ukraine au Soudan, du Myanmar à la bande de Sahel, du Yémen au Kurdistan, la liste est interminable et accablante.
L'historien britannique John Keegan souligne que la guerre n'est jamais la continuation de la politique par d'autres moyens mais elle est, dans son essence, une institution culturelle que les sociétés humaines ont le pouvoir de défaire, si elles en ont la volonté collective.
Le scandale n'est pas que des hommes meurent, mais que nous continuions, génération après génération, à trouver cela normal.
Arnaud Frion avait un nom, une vie, des gens qui l'aimaient.
Il méritait de vieillir.
Repose en paix, soldat.
Un scandale permanent
Derrière chaque mort se trouve la même architecture du pouvoir : des intérêts économiques considérables, des industries qui ne survivent qu'en temps de guerre, des dirigeants dont la popularité se mesure à l'aune de leur fermeté martiale.L'historien britannique John Keegan souligne que la guerre n'est jamais la continuation de la politique par d'autres moyens mais elle est, dans son essence, une institution culturelle que les sociétés humaines ont le pouvoir de défaire, si elles en ont la volonté collective.
Le scandale n'est pas que des hommes meurent, mais que nous continuions, génération après génération, à trouver cela normal.
Arnaud Frion avait un nom, une vie, des gens qui l'aimaient.
Il méritait de vieillir.
Repose en paix, soldat.

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