La force et le droit face à l'Histoire
"Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. " C'est ce qu'écrivait Jean-Jacques Rousseau, dans le chapitre 3 du livre I du Contrat social en 1762.
A l'heure où, les Etats-Unis de Trump dominent le monde et que celui-ci affirme qu'il n'a plus besoin du droit international parce que sa propre conscience, sa propre moralité sont les seules limites à l'interventionnisme américain, il me prend l'envie de lui conseiller une lecture de Rousseau.
L’histoire du monde déborde d'exemples où des coalitions ou des puissances dominantes, les "grands" du moment, se croient intouchables et éternelles. Ils pensent toujoursque leur supériorité militaire, économique, technologique ou institutionnelle dure indéfiniment.
Ainsi, les grandes puissances ont souvent sous-estimé les frustrations accumulées, les inégalités flagrantes, et surtout l’émergence d'acteurs venus de nulle part, comme un cheveu dans la soupe, qui ont bouleversé l’ordre établi.
Cela a été possible parce que Bismarck a exploité le nationalisme allemand et la puissance militaire de la Prusse pour unir les États allemands autour d’elle. Par une diplomatie calculée et quelques combats rapides, il a isolé ses adversaires.
Pour l’instant, la Chine évite l’affrontement militaire direct avec les États-Unis surtout parce qu’elle estime avoir davantage à gagner dans une compétition longue sur les plans économique, technologique et géopolitique. Mais jusqu'à quand ?
Selon Andrew Latham, "S’il y a une leçon à tirer de l’Histoire de la guerre du Péloponnèse, ce n’est pourtant pas que la guerre est inévitable, mais qu’elle devient probable quand la place réservée à la prudence et à la réflexion s’effondre face à la peur et à l’orgueil. Thucydide ne nous offre pas une théorie des relations internationales, mais un avertissement, un rappel aux dirigeants qui, obsédés par leur propre place dans l’histoire, précipitent leur nation vers l’abîme."
L’histoire du monde déborde d'exemples où des coalitions ou des puissances dominantes, les "grands" du moment, se croient intouchables et éternelles. Ils pensent toujoursque leur supériorité militaire, économique, technologique ou institutionnelle dure indéfiniment.
Ainsi, les grandes puissances ont souvent sous-estimé les frustrations accumulées, les inégalités flagrantes, et surtout l’émergence d'acteurs venus de nulle part, comme un cheveu dans la soupe, qui ont bouleversé l’ordre établi.
L’Empire romain et les barbares germaniques
Rome dominait le monde pendant des siècles, avec une armée redoutable, des routes hors de prix et une administration inégalée. Les Romains voyaient les tribus germaniques comme des sauvages inférieurs. Pourtant, au Ve siècle, des outsiders comme les Wisigoths (qui avaient été alliés ou vassaux) ont saccagé Rome en 410, puis les Vandales, Attila et les Ostrogoths ont fini par faire tomber l’Empire d’Occident en 476. Leur secret ? Ils ont exploité la faiblesse interne et l’arrogance romaine. Ils ont réussi non pas parce qu’ils étaient plus puissants que Rome, mais parce qu’ils ont exploité les divisions politiques internes, la dépendance de l’armée aux mercenaires et la perte de ressources économiques.La montée de la Prusse / Allemagne unifiée au XIXe siècle
Au XVIIIe et début XIXe, la France (sous Louis XIV puis Napoléon) et l’Autriche-Hongrie se voyaient comme les arbitres de l’Europe. Elles formaient des coalitions pour dominer. Alors arrive Otto von Bismarck qui réussit à unifier l’Allemagne (Prusse + petits États allemands) en 1871 après des victoires rapides contre l’Autriche (1866) et la France (1870-71). L’Allemagne est passée d’outsider fragmenté à première puissance continentale en quelques décennies, en renversant l’équilibre que les anciens pensaient éternel.Cela a été possible parce que Bismarck a exploité le nationalisme allemand et la puissance militaire de la Prusse pour unir les États allemands autour d’elle. Par une diplomatie calculée et quelques combats rapides, il a isolé ses adversaires.
La montée des États-Unis face à l’Empire britannique
Au XIXe siècle, la Grande-Bretagne était la superpuissance incontestée (maîtresse des mers, empire colonial immense). Les Britanniques pensaient que personne ne pourrait les égaler. Les USA, vus comme un pays jeune et provincial, se sont alors industrialisés à une vitesse folle. Vers 1890-1900, les USA ont dépassé le Royaume-Uni en PIB et en puissance industrielle. La transition pacifique (rare) s’est faite, mais les Britanniques ont dû céder la place au XXe siècle. Un petit nouveau a dominé sans guerre directe entre eux.Le Japon impérial face aux puissances coloniales
Au milieu du XIXe, les Occidentaux (USA, UK, France, Russie) imposaient des traités inégaux au Japon, le voyant comme un pays arriéré. Pourtant, le Japon s'est modernisé en un temps record (Restauration Meiji 1868). En 1905, il a écrasé la Russie (guerre russo-japonaise), devenant la première nation asiatique à battre une puissance occidentale. Cela a choqué le monde et inspiré de nombreux mouvements anti-coloniaux.La Chine communiste et la montée actuelle
Dans les années 1950-1970, les USA et l’URSS se voyaient comme les deux seuls vrais pôles. La Chine était pauvre, isolée, divisée. Mao et Deng ont industrialisé le pays à marche forcée. En 2026, la Chine est la deuxième voire la première économie mondiale, et challenge la suprématie US dans la tech, la marine, l’espace. Beaucoup de commentateurs parlent de "pège de Thucydide" : la peur que la puissance établie (USA) et la montante (Chine) finissent en conflit, comme dans 12 cas sur 16 historiques étudiés par Graham Allison.Pour l’instant, la Chine évite l’affrontement militaire direct avec les États-Unis surtout parce qu’elle estime avoir davantage à gagner dans une compétition longue sur les plans économique, technologique et géopolitique. Mais jusqu'à quand ?
Selon Andrew Latham, "S’il y a une leçon à tirer de l’Histoire de la guerre du Péloponnèse, ce n’est pourtant pas que la guerre est inévitable, mais qu’elle devient probable quand la place réservée à la prudence et à la réflexion s’effondre face à la peur et à l’orgueil. Thucydide ne nous offre pas une théorie des relations internationales, mais un avertissement, un rappel aux dirigeants qui, obsédés par leur propre place dans l’histoire, précipitent leur nation vers l’abîme."
Les gardiens actuels de l'ordre international
Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, surtout les USA, se considèrent souvent comme les gardiens durables de l’ordre international. Pourtant, l’histoire montre que ces équilibres peuvent se défaire plus vite qu’on ne l’imagine. L’ordre établi après le Congrès de Vienne en 1815 paraissait lui aussi solide, jusqu’à ce que la Prusse, l’Italie unifiée et les États-Unis viennent en transformer les rapports de force.
Même si les ordres internationaux ne disparaissent pas brusquement, ils s’usent progressivement. Les innovations techniques, l’industrialisation rapide, la montée des nationalismes ou encore l’épuisement interne des puissances dominantes finissent par déplacer l’équilibre. Les frustrations accumulées nourrissent des contestations qui, tôt ou tard, trouvent un acteur capable de remettre en cause l’ordre établi.
Même si les ordres internationaux ne disparaissent pas brusquement, ils s’usent progressivement. Les innovations techniques, l’industrialisation rapide, la montée des nationalismes ou encore l’épuisement interne des puissances dominantes finissent par déplacer l’équilibre. Les frustrations accumulées nourrissent des contestations qui, tôt ou tard, trouvent un acteur capable de remettre en cause l’ordre établi.
Nul n'est éternel
L’histoire rappelle ainsi une évidence : aucun système international n’est éternel. La véritable question n’est pas de savoir si l’ordre actuel changera, mais quand et par quels chemins.Bernard BAMOGO

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